L'histoire :
Nous remercions feu Monsieur Auguste Bougon et Madame Gilberte Bougon, historiens de la ville de Sin le Noble et auteurs des deux livres (présentés ci-dessous) sur le passé de notre commune, qui ont donné leur aimable accord pour la diffusion, dans cette rubrique, d'articles extraits de leurs ouvrages.
Les vicissitudes du nom "Sin-le-Noble"
Il existe, certes, au Puits du Midi, à quelques 400 mètres de Douai, dans un champ nettement baissé de niveau par l'extraction de l'argile, de nombreux débris qui témoignent de l'existence d'un habitat gallo-romain, sans doute restreint. Cependant, ce n'est à notre connaissance, qu'en 1065 qu'apparaîtra sur un document écrit le nom Sinium juxta Duacum.
Dès le XIIe siècle on trouve Sin et Sinus Nobilis, mais il faudra attendre 1894 pour que, à la suite d'une réclamation du conseil municipal auprès du ministre, le nom Sin-le-Noble figure enfin sur les documents officiels. Entre temps, pendant près de neuf siècles, le nom variera au gré de l'orthographe plus ou moins phonétique des scribes et des greffiers, ou au bon vouloir d'un gouvernement révolutionnaire.
La plus ancienne appellation connue, de 1065 est donc : SINIUM JUXTA DUACUM
c'est-à-dire Sinus prés de Douai, Sinus, Sinum, Sinium sont diverses formes du même mot que l'on traduit d'ordinaire par sinuosité ou méandre ; nous aurons l'occasion de signaler d'autres sens. C'est Félix Brassart qui note cette orthographe dans ses manuscrits détenus à la Bibliothèque de Douai. Elle figure sur un document qui traite de la restauration de l'Abbaye d'Hasnon.
D'après Dutilleul, apparaît un "SIN" en 1117 lorsque Robert d'Arras donne au Chapitre Saint-Pierre les dîmes de la paroisse de Sin qui lui appartenaient et lui accorde le droit de nommer à la cure. Brassart proteste et nous dit que la collation de Saint-Martin revient à Saint-Pierre bien avant 1117.
Auguste Bougon
Notre Sin... Situation géographique
La Scarpe décrit une grande courbe de Douai à Lallaing en passant par Râches. Il semble qu'à Râches, elle se soit heurtée à quelques terrains plus élevés comme en témoignent la montée de la route d'Orchies entre Râches et Flines, et la montée de l'ancienne nationale Douai - Lille entre Râches et l'embranchement de Raimbeaucourt, là où actuellement est installé un château d'eau.
A l'intérieur de cette courbe, des marais, des marais, des marais : à Sin, Waziers, Lallaing, Dechy. La topographie des lieux respecte la notion géographique plus générale qui veut que la rive convexe de la courbe soit élevée et que la rive concave plate soit faite d'alluvions et souvent de marais.
Le centre de Sin le Noble, plus élevé, présente en majorité des rues qui descendent vers le marais : la rue Arthur Lamendin plonge de Waziers vers Sin ; la rue Marcel Sembat a été creusée en déblais pour éviter une pente brutale. Les rues Carnot, Ghesquière, Lemette descendent toutes vers le marais tandis que la rue Mahieu remonte en direction de Dechy.
Le centre de la ville paraît donc bâti sur un petit plateau en quart de cercle, sorte de promontoire limité à sa base par les rues Zola, Alcide Moché et une partie de la rue Arthur Lamendin. Il sert de marche plateau plus élevé, plus étendu et plus sec que l'on trouve dans la zone des Epis entre Sin, Dechy, Cantin et Goeulzin. Ce second plateau est lui-même limité par une crête sablonneuse qui aligne ses bois de Lewarde à Bugnicourt, avant de redescendre toutes vers la vallée de Sensée.
La rue Marcel Sembat s'appelait, il n'y a guère longtemps, la rue des Crêtes. Les personnes âgées disent aussi les crêtes Lilique. Toute cette partie de Sin où sont bâtis le C.E.S et la cité
du Bivouac a baissé de niveau après 14-18 quand y fut installée une briqueterie.
En 1712, Villars, après la victoire de Denain , reçut du roi l'ordre de reprendre la ville de Douai perdue en 1710. Entre temps, le système d'écluses avait été amélioré pour rendre l'inondation possible jusqu'aux crêtes de Sin. Quand Villars décide de commencer le siège de Douai, deux attaques sont formées : l'une devant la ville, l'autre au Fort de Scarpe.
Celle de la ville part des crêtes de Sin et embrasse le front des fortifications depuis la porte Saint Eloi jusqu'à la porte Notre-Dame. La rue de Bivouac était avant 39-45 la rue Arthur Lamendin actuelle. Est-ce aussi un souvenir de cette époque ?
Auguste Bougon - Bulletin municipal 1er trimestre 1979
Sin-le-Noble historique
Le plus ancien document connu, qui cite le village de Sin, date de 1117, alors que les charrues actuelles déterrent au fond de la briqueterie du Puits-du-Midi des restes gallo-romains, d'un millénaire, plus anciens.
Sin, Syn, Sym, Sains, Sin-lez-Douai, Sin-lez-Dechy ou Sin-le-noble : autant d'appellations ou d'orthographes diverses. Pour la plupart des historiens, le mot Sin dérive de sinuosité (méandre de la Scarpe). Pour certains, il pourrait venir du Teuton "San" qui veut dire étang,
pour d'autres, il est d'origine celte et désigne le bois. Nous nous garderons de trancher.
Sur le léger rebord de la vallée de la Scarpe, Sin-le-Noble occupe une situation privilégiée entre, au nord, les terres du marais, noires et spongieuses, à 25 m d'altitude et au sud, un peu plus élevées, les étendues argileuses propices aux cultures du blé et du lin auxquelles
s'ajoutera, vers 1800, celle de la betterave à sucre qui n'était, en ce temps-là, qu'une betterave fourragère dont on extrayait le sucre.
Le marais se spécialisa très tôt dans la culture des plantes maraîchères, l'extraction de la tourbe et le rouissage du "lin de fin" recherché pour la fabrication des dentelles de Valenciennes et des batistes de Cambrai.
Cette diversité de la production agricole fit, de tous temps, la fortune de quelques propriétaires terriens. Citons, à titre anecdotique, qu'on récoltait au marais de Sin du biez. C'est une herbe coupante qui, séchée, servait de chaume.
Pendant des siècles, même au temps de la hiérarchie féodale, Sin n'eut pas de seigneur. Il était directement rattaché au roi ou à l'empereur, ce qui lui permit d'obtenir certains privilèges et le titre de Noble : d'où son nom actuel de Sin le Noble.
Nos monarques furent successivement : français, bourguignons, autrichiens, espagnols. Il fallut attendre Louis XIV pour obtenir, en 1668, la nationalité française.
Sin le Noble eut à souffrir des sièges de Douai de 1710 à 1712. On retrouve encore dans les terres des marais des boules de canon.
Il faut ajouter d'ailleurs que depuis 1626, le village a un seigneur : le marquis d'Aoust de Jumelles. Il n'en garda pas moins son titre de Noble.
Sin était flamand alors que, à la même époque, Cambrai était français. Le 23 mai 1594, la garnison française venue de Cambrai fit une incursion et brûla complètement le village.
Si l'on en croit une gouache du Duc de Croÿ, réalisée vers 1600 et conservée à Prague, une quinzaine de maisons, posées sans ordres apparent parmi les arbres plus grands qu'elles, entourent l'église Saint Martin. A proximité s'élève un bâtiment plus important surmonté d'un clocheton : sans doute un bâtiment religieux.
C'est des crêtes de Sin, actuellement cité du Bivouac, mais plus élevées à l'époque, que des troupes de Louis XIV sont parties en 1712 à l'assaut de Douai fortifié dont les abords avaient été inondés par un système d'écluses.
Dés le XI siècle Saint Nicolas, à la limite de Sin et Dechy, sur la route Douai-Bouchain accueillait les malades et les pauvres passants. Comme la plupart des hôpitaux anciens.
C'était un grand domaine où dortoirs, réfectoires, chapelle étaient entourés de jardins, de vergers et de champs.
On constate vers 1696 que, depuis trente ans, cet hôpital ne rempli plus la fonction pour laquelle il a été fondé. Ses biens, par arrêt du Conseil d'Etat de Louis XIV du 3 juillet 1699, et ceux d'autres hôpitaux de Douai reviendront à l'Hôtel-Dieu qui remplacera au même endroit l'hôpital de Notre-Dame de Lorette.
Les religieuses de l'hôpital Saint-Nicolas laissèrent la place aux hommes et dès le XIII siècle se retirèrent en un lieu charmant du marais de Sin pour y fonder l'abbaye de Beaulieu qui dut, en 1622, partir à Douai pour se soustraire aux exactions des brigands et des soldats.
En 1802, Sin est un petit bourg rural de 2 300 habitants. Il compte trois agglomérations distinctes : le Centre (comme nous disons aujourd'hui), le Marais et le faubourg Notre Dame.
En 1903 la population s'élève à 8 100 habitants. C'est déjà un gros bourg. L'extraction minière, l'installation d'industries à Sin et aux environs, l'arrivée de populations étrangères attirées par la certitude de l'emploi en feront la petite ville actuelle. Cette métamorphose liée aux destructions des deux guerres et la récession économique a posé et pose encore bien des problèmes.
Quoi qu'il en soit, il fait bon vivre à Sin. Ces quelques lignes de son histoire en raccourci laissent des zones d'ombre. Il eût été difficile de préciser davantage dans le cadre d'un seul article.
Auguste Bougon
Notre Sin : quelques faits de son histoire (et de ses armoiries)

C'est de 1117 qu'un premier document connu cite sin. Les orthographes furent diverses, l'étymologie assez contestée. Pour la plupart des historiens, le mot Sin dérive de sinuosité (méandre de la Scarpe) comme en témoignent un document de 1194 dans lequel le village s'appelle Sinium juxta Duacum.
Rattaché directement à la couronne française, bourguignonne, autrichienne ou espagnole, Sin aurait été anobli par Jean le Bon en 1355 : d'où le Sin le Noble que nous connaissons. Le village jouit de longue date de certains privilèges jusqu'en 1789. Un "sinus nobilis" de 1123 ne permet pas de retenir 1355 avec certitude.
Durant la période révolutionnaire la ci-devant noblesse étant plus ou moins prohibée, Sin le Noble devint Sin-les-Douai et se hâta de reprendre son ancienne appellation dés le Directoire
ou le Consulat. Ce fut un peu le problème de nos francs lourds et nos francs légers. Il eût fallu que la Révolution durât le temps d'un renouvellement de la population. Le Sin-lez-Douai
disparut aussi vite que le calendrier républicain.
En 1626, le seigneur d'Aoust acheta la seigneurie de Sin qui resta noble et privilégiée cependant. Les litiges furent nombreux entre ce nouveau seigneur, bientôt marquis, et l'échevinage choisi selon les règles du renouvellement de la Loy. Il laissa à Sin son blason fait de trois gerbes d'or liées de gueule sur fond de sable.
Hôpital Saint-Nicolas, Abbaye de Beaulieu, Maison en souvenir de l'Abbaye, Béguinage jalonnèrent les siècles d'avant 1791.
Le travail du greffier, devenu plus tard secrétaire de mairie, étant proportionnel au nombre d'habitants, nous signalons que vers 1123 le village comptait environ 800 habitants. Une gouache du Duc de Croÿ, réalisée vers 1600, nous montre une dizaine de masures autour d'une église et d'un bâtiment à clocheton. Ce n'est pas un document fiable pour estimer le nombre d'habitants. Vers 1800, la commune était formée de trois parties séparées par des champs et des bois : le faubourg Notre-Dame, le Marais et ce que maintenant nous appelons le Centre.
De 1804 à 1831, la population passe, par petites augmentations successives de 2 244 à 2738 habitants. La mortalité infantile est excessive malgré l'empirique vaccin contre la variole
(Pasteur naîtra en 1822). Les guerres du Consulat et de l'Empire ont vu tomber les hommes valides sur toutes les terres d'Europe. C'est l'époque où Sin le Noble se consacre aussi à un élevage particulier, celui des enfants : enfants abandonnés, enfants de femmes aisées qui refusent de nourrir leurs bébés, enfants adultérins de personnages importants. Ceux qui survivent quittent le village quand ils seraient en âge d'aider aux champs.
En 1852, la commune compte 3 048 habitants et en 1903, 8 112 habitants. C'est le début de l'ère du charbon. Les hommes de la campagne se reconvertissent et viennent s'installer avec poules, pigeons, lapins et même cochons. Nos corons en portent encore la trace. L'arrivée, en 1920-1925, des Polonais qui cherchent chez nous un travail sûr élève la population à 12 424 habitants en 1940.
En 23 ans, de 1940 à 1963, le chiffre varie peu de 12 424 à 14 424. En 1977, il est de 18 664 car, si la construction de la Z.A.C de Epis a permis un afflux de population, la récession
industrielle a vidé bien des maisons et il serait intéressant par enquête ou sondage de savoir où sont les enfants des personnes âgées ; ce qui permettrait d'établir le pourcentage de ceux qui ont quitté Sin. Si j'en juge par mes propres voisins, ce pourcentage doit être assez élevé.
Peut-être, dans le cadre de cet article, pourrions-nous évoquer la vie professionnelle de deux greffiers de la communauté de Sin dont l'un fut aussi farfelu que l'autre fut sérieux.
Le premier, le sieur Penant, fut greffier du 28 novembre 1750 au 3 janvier 1766. Payé à la pièce, si l'on peut dire, et non à temps plein, il présenta à l'issu de ses 15 années de service un mémoire d'honoraires : source d'enrichissement historique, scintillante d'humour intéressé. Le calcul des honoraires est lui même facturé, le double recopié est moins cher. Total fait, il a oublié, il ajoute : d'où florins et patards en plus. Le mémoire est donc allongé, il coûte plus cher. Ayant perçu les impôts rue du Gouvernement à Douai, pour la ville, il réclame ses honoraires à messieurs les échevins de Sin. La communauté refuse de payer. Elle reprend et conteste chaque article du mémoire. Un procès s'en suivra. En première comparution, le sieur
Penant accepte deux diminutions. Nous ne connaissons pas le jugement rendu.
Constantin Binart qui fut greffier du juge de paix, greffier de la commune et parfois conseiller municipal, tint sous le Consulat et l'Empire un registre de délibérations particulièrement soigné sur lequel on trouve, entre autres, la transcription en latin de la nomination du premier curé concordataire par le premier évêque concordataire Belmas, la fiche signalétique des réfractaires au service militaire (beaucoup d'yeux bleus), les comptes, les propriétés, les stils (métiers) dont des marchands de lin, des meuniers, des journaliers, etc... Merci Monsieur Binart.
Merci de m'avoir lu Messieurs les Secrétaires de Mairie et pensez bien à nous, pauvres chercheurs des siècles futurs.
C'est un décret impérial du 17 mai 1809 qui permit aux villes d'avoir leurs armoiries. Sin prit celles des seigneurs d'Aoust de Jumelles et y ajouta, après 1939-1945, la croix de Guerre avec Etoile d'Argent.
Auguste Bougon
L'histoire de quelques rues sinoises
1 - Rue Carnot
L'une des plus anciennes rues de Sin le Noble. Pendant des siècles, elle s'appela "rue del Buhot" puis "rue du Buhot" déjà signalée au XIII siècle par la donation faite à l'Abbaye de Beaulieu de "deux masures sises rue del Buhot". Le Buhot était, dans la nuit des temps, un tuyau de bois enterré sous la chaussée pour conduire les eaux d'un côté à l'autre, ce sera aussi un morceau de tige de framboisier évidé de sa moelle sur lequel on enroulait le lin pour mieux le dévider ensuite. Au début du siècle, ce fut la partie de la cheminée qui dépasse du toit.
2 - Rue Toussaint - Husson
Caporal au 53e d'infanterie pendant la guerre 14-18, Husson Toussaint est hospitalisé à la Flèche et obtient la croix de guerre pour la citation suivante : "très dévoué. La Compagnie étant soumise à un violent bombardement, un obus de gros calibre ayant éclaté à côté de lui, n'a pas voulu quitter son escouade malgré la forte commotion qu'il avait éprouvé et qui a nécessité son évacuation le surlendemain". Le Trait-d'Union, journal de Sin-le-Noble, le signale prisonnier au camp de Chemnitz en 1916.
3 - Place de la Liberté
C'est celle où se trouve le Monument aux Morts. Là fut un abreuvoir dont on distingue encore la forme sur le plan de 1880. Une pétition signale "des émanations nuisibles à la santé publique". Il semble qu'une brasserie y déverse ses eaux. En 1897, l'abreuvoir est supprimé et la place de l'Abreuvoir devint place de la liberté "en souvenir de 1848". En 1897 également ses abords seront pavés.
4 - Place de la République
Ancien lieu à sécher le lin, le pré Seghon puis pré Secron deviendra le Pescron. Fort apprécié des Sinois et des habitants des autres communes, il sera l'objet de très nombreux litiges. C'est en 1897 que les élus décidèrent de l'appeler place de la République. Les Sinois continuent à l'appeler Pescron ce petit nom qui fleure bon le terroir.
5 - Rue Jean-Baptiste Lebas
C'était une impasse qui, de la rue de Verdun actuelle, conduisait jusqu'au mur extérieur du choeur de l'église Saint-Martin et jusqu'au vieux presbytère qui existe encore, enfermé dans son parc, entre l'église et le cimetière actuel. Vers 1900, on l'appelait rue du Curé, elle deviendra rue du Presbytère sur le cadastre de 1911. Elle sera rue Jean-Baptiste Lebas après 39-45 lorsque, percée, elle rejoindra la rue, privée à cette époque, qui traverse la cité Sainte-barbe.
6 - Rue Sticker
Une très ancienne rue de Sin qui s'appela durant des siècles rue des Balles. L'ancienne plaque indicatrice existe encore.
La rue Sticker conduisait à la rue Neuve jusqu'à l'actuelle usine de traitement des ordures ménagères, mais ne permettait pas d'atteindre Lallaing, la route que nous connaissons n'existe pas. Elle conduisait aussi à la rue de l'Abbaye et au clos Lequien. Elle eut sur le Godion un ponceau de pierres dit "pont aux bestiaux" sur lequel passaient les bêtes du village regroupées sous la surveillance d'un vacher communal. Inondée à chaque guerre, lors de l'arrêt des pompes, elle a connu l'abattoir Grard.
Bien avant, elle a vu passer les religieuses de l'Abbaye de Beaulieu qui avaient la jouissance du Godion jusqu'au ponceau de pierres. Sticker, héros de la résistance habitait impasse Flévet maintenant rue Kléber-Verrier.
7 - Chemin de Sin-le-Noble à Lambres
Sous cette dénomination on regroupait la rue Jules Guesde, ancienne rue du Calvaire et la rue de Lambres qui aujourd'hui, est barrée à son extrémité par les voies ferrées. Elle se continuait avant les chemins de fer et se dirigeait vaillamment vers le Raquet. Il a fallu la détourner afin d'éviter de gros ouvrages de franchissement de deux lignes à deux voies entre lesquelles s'installera le dépôt de machines. Le chemin des Pompes crée ne nécessitera qu'un petit pont et deux rampes d'accès.
8 - Rue Arthur Lamendin
Cette rue s'appela très longtemps rue du Bivouac et son carrefour avec la rue du Jardinage et la rue des Crêtes (rue Marcel Sembat) était complètement noyé après 14-18. Les vieux camions Berliet de l'armée, comme des ânes têtus, refusaient de franchir cette mare et restaient en panne les pieds dans l'eau. Arthur Lamendin, porion à la compagnie de Liévin, fut congédié en 1884, année de la longue et douloureuse grève des mineurs de Denain. Il devint cabaretier et eut une certaine réputation de guérisseur. Il prit une grande part à la grève des mineurs de Liévin en 1889 et à la formation du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais. Elu député, il le restera jusqu'à sa mort en 1920.
9 - Rue de Verdun
D'abord rue de la Chancellerie, puis rue de la Mairie, elle devint la rue de Verdun. Avec le chemin de Douai (rue de Douai) et la rue de Montigny (rue Lemette) elle est l'amorce du chemin de Douai à Hornaing. La commune lui attribue le n° 11, n° porté aussi par le chemin dit du Fort de Scarpe au Faubourg Notre-Dame. Reconnu par la préfecture sur le tableau des
chemins classés, le chemin de Douai à Hornaing porte alors le n°163. Et maintenant ? C'est la départementale 13. La rue de la Chancellerie-Marie-Verdun fut toujours la rue principale de notre Sin. Sur ses bords s'élevaient les commerces, les estaminets, la Sainte-Union, l'ancienne mairie. Un plan d'alignement de 1880 nous restitue les noms des propriétaires de l'époque et on y trouve la maison Alés dans laquelle Mademoiselle Alés sera assassinée en 1913.
10 - Vieux noms
Qu'il nous soit permis pour terminer de citer au hasard quelques vieux noms de rues, de chemins, de lieux-dits qu'il n'est pas toujours facile de situer : chemin de la Traitoire, Vert-Voyer ou Verd-Voyer, chemin Tio-noche, rue Bergère, rue du Garde, rue Romain-Sauvage
rue Talo, chemin de la Flaque Paysan, barrière Corion, la Voye des Loups et tant et tant d'autres utilisés une courte décennie et en grand danger d'être, à jamais perdus.
Auguste Bougon - août 1985
Personnage célèbre :
Pierre BOULANGER (1885 - 1950)
Le père de la 2cv (prononcez 2 chevaux), est né à Sin le Noble le 12 mars 1885. Après des études aux Beaux-arts, il s'exile aux Etats-Unis où il exerce divers métiers. De son séjour américain, il conservera l'habitude d'accoler son deuxième prénom au premier - Pierre Jules Boulanger - et cela lui vaudra, par la suite, d'être appelé familièrement P.J.B. par ses collaborateurs. La première guerre mondiale le ramène en France où il sert dans l'aviation. En 1919, il entre chez Michelin et accompagne tout naturellement Pierre Michelin lorsque celui-ci succède à André Citroën en 1935. P.J.B. reprend à son compte l'idée lancée par Citroën d'une petite voiture à la française dès 1932. Il veut un petit véhicule, économique, pouvant transporter deux cultivateurs et un sac de pommes de terre, capable de passer dans les mauvais chemins, suffisamment léger pour être manié par une conductrice débutante, au confort irréprochable...; le projet T.P.V. - pour "très petite voiture" ou " tout petit véhicule" - est né. La 2 CV, c'est désormais son nom, est homologuée par les Mines le 28 août 1939, mais la guerre empêche sa sortie. Le projet est poursuivi et affiné en secret pendant l'occupation, puis malgré les difficultés, à la libération (toujours dans le grand secret). Lorsque la 2 CV est présentée au Salon de 1948, à Paris, les visiteurs du Grand Palais n'en croient pas leurs yeux ! En 42 ans de carrière (la dernière 2 CV a été produite au Portugal en 1990), la voiture au "cul de canard" ("canard" est d'ailleurs son surnom en Europe du nord) qui "porte, emporte, transporte n'importe quoi n'importe où", produite à des millions d'exemplaires, est devenue un mythe. Le 11 novembre 1950, comme Pierre Michelin à qui il avait succédé treize ans plus tôt, Pierre Boulanger trouve la mort dans un accident de voiture sur la Nationale 9 à Brou-Vernet près de Gannat en Auvergne. P.J.B. n'aura donc pas connu l'intégralité de la formidable carrière de sa "T.P.V.", mais même si elle n'est plus produite, la 2 CV est toujours bien vivante et elle est chère à tous ceux qui affirment fièrement que "ceci n'est pas une voiture... c'est un art de vivre".
Rappelons que chaque année, aux alentours des mois d'avril et mai, se déroule à Sin le Noble un rassemblement de la 2 CV qui réuni des passionnés et des collectionneurs de cette inoubliable voiture.
Extrait de naissance d'Auguste Bougon